“But what about Yemen?”

First published on Revolutionary Democracy by Anton Mukhamedov

The following is an English translation of activist Soulayma Mardam‘s reflection on how whataboutism annihilates solidarity at its roots, and the whitewashing of warcrimes in Syria to point to warcrimes in Yemen. She posted it on Facebook Friday and it was translated by Anton.

Featured image: “Hell of Dictator”, painting by Wissam al-Jazairy.


So what prevents you from speaking about Yemen?If Yemen was truly on your mind, you would have already read plenty of very good books, by some very good authors. If you cared about Yemen that much, well, you could very well have shared many serious reports by very serious organisations about the horror that is unfolding there in utterly deafening silence.

You could join gatherings. Organise demonstrations and sit-ins. Go to conferences. Write. Express yourself. Draw. You could also sign petitions. Do more research. Go deeper than what you think you already know. Study a map. Spread awareness of activists’ stories. Inform yourself, cultivate yourself and revolt.

Contest the arms industry in your country and elsewhere.

Or you could simply acknowledge, defend even, the legitimacy of Yemenis’ surge into the political arena in 2011, as actors attempting to conjugate themselves in all tenses, but especially in the present, using active voice. You could recognise Yemenis’ as well as every people’s right to experiment, to grope their way forward and draw lines of escape.

You could recognise their agency.

But you won’t do any of it. Neither yourself, nor your henchmen. You won’t do anything, because deep down, you couldn’t give less of a damn about Yemen. Or almost anything else in this lowly world.

One thing escapes your indifference, though—the Criminal himself. If his identity suits you, we can name him without fearing to become the victims to your mythomaniac retribution. Otherwise, why be embarrassed by the truth? Let’s argue and deny. Transform affirmations into negations and vice versa. (…) Spread antonyms of occurrences as much as you can so that the occurrences themselves are removed from discourse. As you are not completely clueless, you must realise that occurrences which are unarticulated and unemployed will hardly find a listening ear in these troubled times.Homeless and shelterless, they will slowly languish carrying away the truth which burns your eyes so much.

It’s rather despicable to use some corpses to bury others. And quite daring to oppose the martyrdom of Yemeni children to the plight of Syria’s.

So don’t come telling supporters of the Syrian cause “but what about Yemen?” To serve yourself of Yemen—in the same way as some of your predecessors and many of your contemporaries have used Palestine—to whitewash Assad… I have to acknowledge that you certainly have a far-reaching capacity to be abject. It’s rather despicable to use some corpses to bury others. And quite daring to oppose the martyrdom of Yemeni children to the plight of Syria’s.

We could retort to your filthy campism, by saying that yes, indeed, many speak out about certain subjects more than about others. Yet, contrary to yourself, they do not deny neither the suffering of entire populations, nor the richness or multiplicity of local social dynamics.

For various emotional, intellectual, cultural or family-related reasons, women and men will mobilise around certain issues in particular. And occasionally a cause may constitute a starting point, the initiation to a new presence in this world made of connections and linkages between various struggles, without denying any one of them their specificity.

For certain people, Syria has been able to become precisely this starting point, this political and psychological awakening, a feeling of starting from the particular to embrace the universal, from Syria to the rest of the world, and unfortunately find the current state of the world within Syria.

#WithSyrians #WithYemenis #WithPalestinians


Suggestions for further research:

On Syria:

On Yemen:

Featured image: “Hell of Dictator”, painting by Wissam al-Jazairy


Original version in French:

« Et le Yémen alors ? », ou la traduction géopolitique du fameux « Et nos SDFs alors ? ».

Mais qui t’empêche donc de parler du Yémen ? Si le Yémen t’intéressait tant que ça, il y aurait beaucoup de livres très bien, écrits par des gens très bien, que tu aurais déjà lus. Si le Yémen t’intéressait tant que ça, et bien tu pourrais tout à fait relayer des rapports très sérieux faits par des organisations très sérieuses sur les horreurs qui s’y déroulent dans un silence assourdissant.

Tu pourrais rejoindre des rassemblements. Organiser des manifs et des sit-ins. Aller à des conférences. Écrire. T’exprimer. Dessiner. Tu pourrais signer des pétitions. Tu pourrais faire des recherches. Approfondir ce que tu crois connaître. Étudier une carte. Faire connaître des parcours d’activistes. T’informer. Te cultiver. Te révolter.

Remettre en question l’industrie de l’armement dans ton pays et ailleurs.

Tu pourrais aussi juste reconnaître aux Yéménites la légitimité de leur surgissement comme acteurs dans l’arène politique en 2011. Tu pourrais respecter, voire défendre, cette tentative de se conjuguer à tous les temps mais surtout au présent et avant tout à la voix active. Tu pourrais reconnaître aux Yéménites et à tous les peuples le droit d’expérimenter, de tâtonner et de tracer des lignes de fuite.

Tu pourrais reconnaître leur « agentivité ».

Mais tu ne feras rien de tout ça. Ni toi ni tes comparses. Vous ne ferez pas et vous ne ferez jamais rien parce que dans le fond, le Yémen vous vous en foutez. Comme d’à peu près tout en ce bas monde. Une seule chose échappe à votre indifférence. Le criminel. Son identité vous sied ? Ouf alors, on peut le nommer sans faire l’objet de votre vindicte mythomane. Elle ne vous convient pas ? Et bien pourquoi donc s’embarrasser de la vérité? Contestons et nions. Transformons les phrases affirmatives en phrases négatives et les négatives en affirmatives. Mettons des cédilles sur les circonflexes et changeons les aigus en graves. Achetons et revendons à tout va des antonymes de faits de telle sorte que ces derniers soient renvoyés du discours. Et comme tu n’es pas complètement stupide, tu sais que des faits au chômage auront, par les temps qui courent, quelques difficultés à trouver oreille attentive. Sans gîte et sans couvert, ils dépérissent lentement en emportant avec eux cette vérité qui te brûle tant les yeux.

Alors ne viens pas dire aux militants de la cause syrienne « Et le Yémen alors? ». Se servir du Yémen – comme certains de tes prédécesseurs et beaucoup de tes contemporains aujourd’hui avec la Palestine – pour blanchir les crimes d’Assad… Il faut te reconnaître là une capacité à l’abjection assez développée. Utiliser les cadavres des uns pour enfouir ceux des autres, c’est plutôt ignoble. Opposer le martyre des enfants du Yémen au calvaire de ceux de Syrie, il fallait le faire.

À ton campisme crasseux, on pourrait rétorquer que, oui, effectivement, beaucoup se font plus entendre sur certains sujets que sur d’autres. Mais contrairement à toi, ils ne nient ni la souffrance des populations ni la richesse et la multiplicité des dynamiques internes aux sociétés dont elles sont issues.

Pour des raisons qui peuvent être familiales, affectives, intellectuelles ou culturelles, des hommes et des femmes s’engageront sur tels ou tels sujets en particulier. Et parfois, une cause pourra constituer un point de départ, l’amorce d’une nouvelle présence au monde faite de connections et de liens entre différents combats, sans pour autant leur en ôter leurs spécificités.

La Syrie a pu être pour certaines personnes ce nouveau point de départ, ce réveil politique et psychologique, Ce sentiment de partir du particulier vers l’universel, de la Syrie vers le reste du monde, et de malheureusement trouver en la Syrie l’état du monde.

#AvecLesSyriens

#AvecLesYéménites

#AvecLesPalestiniens

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